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juin 2014

L’enseignement supérieur : une marchandise comme les autres ?

Ces dernières années, avec une accélération ces derniers temps, la formation supérieure et notamment les secteurs délaissés par l’enseignement public attirent les investisseurs en recherche de rentabilité à deux chiffres pour leurs actionnaires qui viennent y faire leur marché ; leurs emplettes s’avèrent particulièrement fructueuses.

Les formations privées rassemblent 18 % des étudiants français du Supérieur. De 2000 à 2010, le nombre d’écoles supérieures privées, tous secteurs confondus (associatif, consulaire, lucratif) a progressé de 50 % et absorbé 80 % de la croissance des effectifs globaux ; 2500 établissements d’enseignement supérieur privé n’ont pas de contrat conclu avec l’État et facturent au prix fort les frais de scolarité, jusqu’à 10 000 euros par an pour certaines, 13 000 euros pour HEC par exemple.

Hormis le secteur de la santé, la sélection sévère et le peu de places dans les grandes écoles d’arts appliqués, de mode, de journalisme ont ouvert la porte à larges battants aux candidats déçus et recalés, dont la manne est quasiment inépuisable et laissé le marché libre aux investisseurs en quête de profits juteux.

Ainsi 7 fonds d’investissement, majoritairement étrangers, se partagent le plus gros du gâteau :

  • Duke Street sous la dénomination commerciale " Eduservices " possède l’IPAC, Forteam, Iscom, Tunon, Pigier (commerce, management, communication, hôtellerie, secrétariat) ;
  • Career Education Corporation sous la dénomination " INSEEC " a acquis Sup Santé, Inseec, ESC Chambéry, Sup de Pub, University of Monaco (paramédical et social, commerce, pub, multimédia, luxe) ;
  • Laureate International Universities s’est approprié l’IFG et l’École Centrale d’Électronique (commerce et écoles d’ingénieurs) et poursuit ses achats ;
  • Bregal Investment sous le nom de " Studialis " a acheté Paris Esg, CLCF, Digital Campus, Iesa (arts), Cours Florent (théâtre) : 23 écoles, 14 000 étudiants…

Le domaine de la santé a été le plus convoité :

  • Monteflore investment (ex patron du groupe ACCOR) est propriétaire de École Assas de kinés, Institut Supérieur d’optique (santé) : 10 écoles ;
  • Activa Capital possède les Cours Gallien pour les prépas santé et social et Assistéo, pour les aides-soignants ;
  • et le groupe Octant, sous la marque Novetude, a racheté Ipesud, Objectif Concours, Cape Sud (prépas santé) ainsi que Horizon Santé pour la diététique et Aix Ostéopathie pour les écoles d’ostéopathes : marché juteux depuis que le diplôme d’ostéopathe a été reconnu par le Ministère de la Santé.

Prenons Novetude, groupe français, à titre d’exemple :
En 2009, le groupe Octant Partenaires se rapproche de Jacques Weischenck dans le but de devenir actionnaire majoritaire du groupe COS (collèges d’ostéopathie). Jacques Weischenck est alors actionnaire majoritaire et a un associé, Monsieur Basset, dont il souhaite se séparer. Un audit financier, juridique, fiscal et social est alors mené par Octant et un rapport paraît fin 2009 mettant en avant la bonne santé de l’entreprise.

En mars 2010, Octant Partenaires devient actionnaire majoritaire du groupe COS à 60 % en rachetant les parts de Monsieur Basset et une partie de celles de Jacques Weischenck qui devient alors actionnaire gérant minoritaire à 40 %.
Novetude Santé est créé par Octant fin 2010 : cette structure regroupe toutes les écoles du pôle santé que le groupe Octant va racheter (écoles d’ostéopathie, prépas, BTS santé et optique).
Les écoles d’ostéopathie, celles du COS, puis IPEO et Inso Aix sont regroupées dans Still Phi ; les écoles prépas, BTS santé et optique, Ipesud, Objectif Concours, CCM, Sup exam, Cours Esquirol… sont regroupés dans Hippocrate Phi. Still Phi et Hippocrate Phi sont sous Novetude Santé. Jacques Weischenck est alors toujours décisionnaire sur ses propres écoles et sur COS Développement.

En octobre 2011, COS développement fusionne avec Still Phi pour créer le GIE Still Dev administré par Sami Rifai du groupe Octant/Novetude Santé. Cos Développement n’existe alors plus et le GIE Still Dev pilote toutes les écoles d’ostéopathie, COS, Ipeo et Inso Aix. Jacques Weischenck, tout en restant Président sur le papier, perd alors tout pouvoir de décision et Novetude prend le pouvoir.
Dans le même temps le groupe Novetude a commencé à embaucher son propre personnel depuis mars 2011 et continue plus largement entre septembre 2011 et aujourd’hui.
Le groupe COS qui comptait un peu plus de 800 étudiants en 2007 en a aujourd’hui plus de 1700.

Depuis Mai 2012, le groupe Novetude issu du fonds d’investissement Octant, dont un des dirigeants, Monsieur Zolade est une des plus grosses fortunes de France (classement Challenges : il a fait fortune dans la restauration collective et a créé le groupe Elior), met en place une politique de renouvellement total des équipes.
Une nouvelle directrice des Écoles est nommée, chargée d’œuvrer à ce renouvellement. Les méthodes : un management de pression, de culpabilisation, un harcèlement des anciennes équipes en responsabilité des écoles, ayant pour but de pousser les personnels à la démission, une souffrance au travail croissante.

L’inspection du travail a été alertée, les risques psycho-sociaux sont au plus haut, les personnels tirent la sonnette d’alarme et demandent de l’aide. Car pour les fonds d’investissement qui se cachent derrière les Still PHI et les Hippocrate Phi, filiales de Novetude, issu directement du groupe Octant, il s’agit de tirer un profit maximum de ce secteur juteux qui est celui de la santé, prépas privées pour les concours médicaux et paramédicaux : en rachetant ces structures privées issues d’un management " familial " souvent ignorant du code du Travail ou de la Convention Collective des Établissements Privés Hors contrat, il s’est agi de changer d’échelle et d’appliquer les méthodes de management par pression sur les objectifs commerciaux afin d’augmenter toujours plus les dividendes des actionnaires. Pour cela, il leur faut écarter les anciens responsables et les remplacer par des exécutants aux ordres…mais au détriment de la qualité de l’enseignement dispensé et du bien-être des étudiants qui deviennent alors seulement une source de rentabilité et de profit.
Quant aux salariés de ces écoles, s’il y a bien un noyau de permanents -le moins possible- ce sont souvent des intervenants occasionnels payés à l’heure. Il y a bien une différence de statut entre la minorité des quelques grandes écoles privées très prestigieuses, reconnues internationalement, accréditées par l’État et dont les enseignants sont très correctement payés et la majorité des écoles moyennes ou de province où la précarité des personnels reste une constante. On a même vu certaines écoles qui comptaient des professeurs à plein temps et en CDI, proposer, à l’occasion de leur rachat par les fonds d’investissement, des ruptures conventionnelles à leurs salariés CDI pour embaucher à leur place des enseignants en CDD et à temps partiel, rentabilité à court terme oblige.

Devant cette marchandisation galopante de l’enseignement supérieur privé et ses conséquences douloureuses pour les personnels, le SNPEFP-CGT se bat aux côtés des salariés en étant présent sur le terrain dans les IRP, dans les luttes et sur le plan juridique. Quelques exemples :

  • Groupe Studialis : Bataille juridique pour la reconnaissance du statut d’Unité Économique et Sociale (UES), ce qui permet la création de comité central d’entreprise ; la CGT devient le porte-parole des salariés dans cette bataille.
  • Groupe Lauréate : à l’ECE, le SNPEFP-CGT devient le syndicat majoritaire avec 80 % des élus titulaires et mène aussi une bataille pour la reconnaissance de l’UES ; création d’une section syndicale CGT Laureate France
  • Groupe Novetude : le 3 décembre 2012, organisation d’une manifestation devant le Cos de Gennevilliers pour dénoncer les pressions et la souffrance au travail. Une nouvelle manifestation sera faite le 22 avril 2013. Le 11 Décembre 2013, travail vers la constitution d’une UES avec l’appui de l’inspection du travail.

C’est le délaissement total par l’État de secteurs entiers de la formation initiale supérieure qui a entraîné cette situation où l’Éducation, bien commun, devient la vache à lait des gros groupes financiers ce qui est bien sûr extrêmement dommageable.
Pour autant, le SNPEFP-CGT se doit de défendre, sur tous les terrains et le plus efficacement possible, les salariés de ces secteurs et compte aussi pour cela sur l’appui de la FERC.


Publié dans Le Lien n° 179 de juin 2014.
Le Lien est une publication trimestrielle de la FERC CGT.


Référence électronique

"L’enseignement supérieur : une marchandise comme les autres ?", publié le 16 juin 2014, URL : http://www.resistances.net/spip.php?article2, consulté en ligne le 16 décembre 2017


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