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juin 2014

Une politique qui organise la casse du service public

Après la mise en œuvre de la loi LRU-Pécresse (2007), qui a provoqué l’éclatement du service public d’enseignement supérieur et de recherche (ESR), un grand nombre d’établissements universitaires, désormais en concurrence les uns avec les autres, ont été mis en situation financière catastrophique. Dans la continuité du gouvernement précédent, la loi LRU-Fioraso (2013) pousse au regroupement des établissements, principalement avec la fusion d’universités et la création de communautés d’universités et d’établissements (ComUE). Cette décentralisation-régionalisation de l’ESR, qui permet à l’État de se désengager en transférant la gestion et la responsabilité de la pénurie vers les opérateurs locaux, constitue un plan de restructuration d’ampleur nationale.

Cette politique, amplifiée par le pacte de responsabilité, est profondément antisociale : seules les universités qui accueillent le plus grand nombre d’étudiants sont contraintes aux restructurations-fusions, tandis que les filières élitistes, à sélection précoce et sociale, conservent les moyens nécessaires à la formation d’un très petit nombre d’étudiants privilégiés. L’État renonce à créer les conditions de l’égalité d’accès à des études supérieures de haut niveau pour le plus grand nombre sur l’ensemble du territoire national. La priorité budgétaire ressassée par la secrétaire d’État n’est pas respectée, les investissements d’avenir à caractère élitiste sont maintenus, les agences para-ministérielles (HCERES, ANR, fondations, Campus France…) dispersant les financements sont reconduites, le crédit impôt recherche, qui absorbe une large part des fonds publics nécessaires à la recherche et à la formation sans favoriser pour autant la recherche privée et l’embauche de docteurs, n’est pas remis en cause.

La résorption de cet éparpillement budgétaire suffirait à rétablir le financement d’un service public national d’ESR, démocratique et émancipateur.

Au mépris de l’intérêt général du pays et de ses étudiants, la conférence des présidents d’université a une grande part de responsabilité dans l’effondrement du service public national d’ESR gratuit et ouvert, jusqu’ici encore, au plus grand nombre. L’autoritarisme et l’arbitraire qui résultent des lois Pécresse et Fioraso ont envahi les universités et les différents regroupements se font avec précipitation et dans l’opacité la plus totale. Les regroupements régionaux aboutissent à des établissements hors d’échelle où démocratie universitaire et collégialité sont absentes : suppression des scrutins proportionnels directs, instances élues marginalisées ou vidées de toute représentation significative des personnels et étudiants.

Ce sont les familles les plus dépendantes du service public qui sont victimes de ces politiques : victimes de la spécialisation thématique des régions préconisée par l’Union européenne et de la réduction des formations qui seront proposées localement ; victimes des coupes dans les volumes horaires enseignés dans chaque diplôme ; victimes des restructurations de services administratifs et documentaires ; victimes des suppressions de postes d’enseignants ; victimes du développement pseudo-égalitaire de la pédagogie numérique (les Mooc) ; victimes de la dégradation du service public et de l’augmentation des frais d’inscription et de scolarité. Pour s’opposer à la dégradation délibérée de nos services publics, la convergence des luttes des différents secteurs affectés (santé, transports, énergie, communication, éducation, culture…) est indispensable.


Article de Christel POHER et Jean-Luc ANTONUCCI, co-secrétaires généraux de la FERC Sup CGT publié par le quotidien L’Humanité, le 19 juin 2014.


Référence électronique

"Une politique qui organise la casse du service public", publié le 19 juin 2014, URL : http://www.resistances.net/spip.php?article32, consulté en ligne le 16 décembre 2017


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