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juin 2012

L’enseignement supérieur de l’architecture : des mesures urgentes s’imposent

C’est peu de le dire, la France accorde insuffisamment de place à l’enseignement de l’architecture.

Nous formons beaucoup moins d’architectes que nos voisins européens et trop peu pour remplacer les effectifs qui partiront en retraite ces toutes prochaines années (40 % de la profession dans les 10 ans).

Dans le même temps, le nombre des candidats en première année d’études supérieures en architecture ne cesse d’augmenter, témoignant d’un intérêt accru et constant pour cette filière, pour cette formation de haut niveau et les métiers auxquels elle conduit.

Mais dans le contexte de pénurie que connaissent les Ecoles nationales supérieures d’architecture, seul 1 bachelier sur 15 qui le souhaitaient, a pu être admis lors de la dernière rentrée universitaire.
À l’autre bout, 90 % des diplômés trouvent leur premier emploi en moins de six mois. Cherchez l’erreur !

Plantons rapidement le décor…

* Les études d’architecture sont dispensées par 20 écoles nationales supérieures d’architecture (ENSA) placées sous la tutelle du ministère de la culture et de la communication depuis 1995. Les 20 ENSA accueillent aujourd’hui 18 400 étudiants, dont 40 % dans les 6 écoles d’Ile-de-France.
Deux autres écoles délivrent également des formations menant à des diplômes reconnus équivalents aux diplômes nationaux par le ministère de la culture : l’Institut National des Sciences Appliquées (INSA) à Strasbourg et l’Ecole spéciale d’architecture (ESA) à Paris, école privée.

  • Avec moins de 30 étudiants en architecture pour 100 000 habitants, la France se situe en dessous de la moyenne européenne et l’écart ne cesse de se creuser (on en dénombre, par exemple, environ 130 en Italie, 120 en Autriche, 80 au Portugal, 67 en Belgique, 55 en Allemagne comme en Espagne).
    Rappelons en outre que le nombre d’architectes rapporté au nombre d’habitants est, en France, l’un des plus faibles d’Europe : 45 architectes pour 100 000 habitants, contre une moyenne à 88 pour l’Europe. Une situation intenable pour notre pays et son développement face aux défis de l’avenir !
  • Le coût de l’étudiant de l’enseignement de l’architecture, environ 7 000 euros par an, est bien inférieur à celui de nombreuses autres filières universitaires et moitié moins que celui des ingénieurs et des classes préparatoires aux grandes écoles. La dépense moyenne de l’Etat par étudiant, tous domaines confondus, est de 11 260 euros !
  • Les ENSA, comme d’ailleurs les autres établissements d’enseignement du ministère de la Culture, n’ont aucunement bénéficié du plan de 5 milliards d’euros pour l’enseignement supérieur décidé par le précédent Président de la République alors qu’ils contribuent pleinement à l’offre nationale aux côtés des universités et des grandes écoles.
  • Les ENSA ont subi, elles aussi, les restrictions budgétaires et les effets de la RGPP. Dans la majorité des écoles, la tension sur les moyens humains et de fonctionnement a franchi le seuil critique. Ces dernières années ont vu sensiblement augmenter les frais à la charge des étudiants, les droits d’inscription pour le cycle de la licence ayant progressé de 38 % à la rentrée 2009/2010, et une somme forfaitaire de 35 euros étant dorénavant exigée pour chaque pré-inscription en première année (cette somme est exigée par chaque école ; aussi, un étudiant désirant passer le test d’entrée dans 4 ENSA devra globalement s’acquitter d’un montant de 140 euros, …et cela dans un contexte de paupérisation accrue de la jeunesse, particulièrement sensible dans le monde étudiant).
    Cela n’agit assurément pas en faveur d’une démocratisation de l’enseignement de l’architecture, qui recense déjà une forte proportion d’étudiants (près de 60%) dont les parents exercent des emplois supérieurs, de cadres ou chefs d’entreprises, ou une activité libérale.

La profession comme les principaux acteurs de la production du cadre de vie, et bien entendu les ENSA (leurs instances élues, la communauté enseignante, les personnels, leurs organisations représentatives)et les étudiants dénoncent unanimement cette situation.
L’ensemble des directeurs des ENSA vient même de rendre publique il y a tout juste un mois une lettre ouverte aux élus de la Nation.

Avec la réforme LMD de 2005, l’enseignement de l’architecture est devenu un enseignement pleinement et solidement inscrit dans l’enseignement supérieur national et européen, qui répond aux exigences de formation universitaire, un doctorat a été reconnu à cette occasion.

Cette réforme s’est opérée en préservant les spécificités de l’enseignement de l’architecture, en particulier l’enseignement du projet qui le fonde.

La recherche architecturale et urbaine, qui est nécessairement, du fait de son histoire et de son objet, pluridisciplinaire, s’est développée dans les ENSA depuis les années 70, et elle est aujourd’hui bien implantée à travers un ensemble de structures bien identifiées et scientifiquement productives qui contribuent à produire une connaissance utile à l’enseignement.
Les ENSA ont intégré les pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) et les écoles doctorales.
Plusieurs centaines de conventions de partenariat et d’échanges pédagogiques lient les ENSA avec des universités et grandes écoles à l’étranger.

* Cependant, les ENSA demeurent aujourd’hui de " simples " établissements publics administratifs (EPA), et ne détiennent pas le statut d’établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP), statut de droit commun des établissements d’enseignement supérieur. C’était pourtant un engagement pris par le Ministre de la culture au moment de la réforme LMD, pour fin 2006 !
* Se pose encore et toujours un problème de reconnaissance et surtout de statut des enseignants dont nombreux sont engagés dans la recherche, qui a atteint son comble avec les évaluations de l’AERES : les chercheurs et laboratoires sont évalués de la même manière et sur les mêmes critères que les universitaires alors que, dans les ENSA, il n’a pas été créé de statut d’enseignant-chercheur, prévoyant 192 heures d’enseignement (contre 320 heures dans les ENSA) et des grilles indiciaires/d’avancement différentes malgré le passage au LMD, les crédits de recherche sont stagnants depuis 1995.

  • Les ENSA sont en grande difficulté pour répondre à l’exigence de la qualité de l’enseignement, au développement de leur recherche et de leur capacité d’innovation avec les moyens qui leur sont octroyés.
    La réforme LMD a été menée à moyens humains constants sans tenir compte de la charge de travail supplémentaire très importante qui en a résulté pour les services administratifs, déjà amplement sous-dotés.

Une autre source de tension est l’absence de progression de carrière et de progression salariale, pour les personnels titulaires comme pour les contractuels, bien plus grave dans les ENSA que dans d’autres secteurs du ministère de la culture.

  • De surcroît, reste entier le problème de l’ultra-précarité de quelques centaines d’enseignants, assurant un bon tiers des besoins d’enseignement des ENSA (des besoins permanents dans de nombreux cas), ce qui montre l’étendue des emplois d’enseignants titulaires à créer.
  • Enfin, les restructurations liées à la RGPP ont considérablement fragilisé et déstabilisé le secteur des écoles d’architecture.

La disparition de l’architecture dans la titulature des directions d’administration centrale de la Culture a provoqué de vives réactions dans le champ professionnel et même bien au-delà.

Elle a réactivé l’idée, dans certains esprits, d’un rattachement des ENSA au ministère chargé de l’écologie, du développement durable, de l’aménagement du territoire et du logement, selon ses différentes appellations ; l’expérience passée ne plaide cependant pas, en faveur de cette option.

D’autres voix se sont par ailleurs exprimées en faveur d’un rattachement au ministère chargé de l’enseignement supérieur.

La CGT, qui pèse près de 40 % de représentativité dans les ENSA, se bat sur de nombreux fronts à la fois :

  • Les ENSA doivent être érigées en EPSCP ; le statut d’enseignant-chercheur doit y être créé.
  • Il est urgent de rompre avec la politique malthusienne s’appliquant aux étudiants qui souhaitent accéder à la formation d’architecte. Il serait possible d’envisager immédiatement de passer de 18 400 étudiants à 20 000 étudiants sans remettre en question le périmètre actuel des écoles.
  • Parallèlement, un plan national de 5 ans doit être décidé pour permettre d’élever progressivement ce chiffre. Celui-ci doit prévoir, sur la même durée, un accroissement significatif des moyens humains et financiers des ENSA, et de nouveaux investissements, sans lesquels rien ne sera possible. Les ressources à mobiliser sont loin d’être hors d’atteinte s’ils sont échelonnés sur les cinq années du mandat du nouveau Président de la République.
  • L’enseignement de l’architecture n’a pas bénéficié des crédits du Grand emprunt en faveur de l’enseignement supérieur. Pourquoi ne pas envisager une contribution à hauteur du pourcentage des étudiants en architecture au sein de l’ensemble de la communauté estudiantine française ? Ce ne serait pas un effort très lourd à absorber !
  • Des discussions doivent rapidement être ouvertes concernant les effectifs, la gestion prévisionnelle des emplois administratifs, techniques et enseignants, les déroulements de carrière des personnels, l’éradication de la précarité dans les ENSA, ce qui exige en particulier d’importantes créations de postes d’enseignants titulaires.

Publié dans Le Lien n° 171 de juin 2012.
Le Lien est une publication trimestrielle de la FERC CGT.


Référence électronique

"L’enseignement supérieur de l’architecture : des mesures urgentes s’imposent", publié le 11 juin 2012, URL : http://www.resistances.net/spip.php?article16, consulté en ligne le 16 décembre 2017


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